Un chargeur de téléphone passe sa vie branché sur le 230 V, souvent à côté du lit, parfois toute la nuit. C’est pourtant l’accessoire qu’on achète le plus au hasard : dans un bac près de la caisse, sur une place de marché, pour trois ou cinq euros. Et c’est bien là que se concentre le risque.

Je le disais dans l’article consacré aux câbles USB-C : le câble ne fait que la moitié du travail. Le chargeur, lui, transforme le courant du secteur en quelques volts inoffensifs, et doit maintenir une barrière parfaite entre les deux. Sur un chargeur bas de gamme, cette barrière est souvent le premier poste d’économie.

Un chargeur sur deux jugé dangereux

Ce n’est pas une impression. En 2019, la DGCCRF a fait analyser 60 chargeurs vendus en France : 51 n’étaient pas conformes, et 28 étaient dangereux, soit 47 %. La même année, une action européenne menée sur 86 modèles concluait que près de deux tiers ne respectaient pas toutes les exigences de sécurité.

L’UFC-Que Choisir a fait le même constat en testant 20 chargeurs achetés en magasin et en ligne : seuls 4 étaient conformes, et 11 présentaient un risque de choc électrique ou d’incendie. Certains ont même produit des arcs électriques pendant les essais. Côté contrefaçons, c’est pire : sur 400 faux chargeurs d’iPhone testés par un laboratoire, 397 ont échoué au test d’isolation, et une douzaine laissaient passer assez de courant pour électrocuter leur utilisateur.

D’où viennent les fuites de courant ?

À l’intérieur d’un chargeur, un petit transformateur sépare deux mondes : le 230 V d’un côté, les 5 à 20 volts de la prise USB de l’autre. Toute la sécurité électrique tient dans l’isolation entre les deux. Les règles demandent au moins 4 millimètres d’écart entre la partie haute tension et la partie basse tension. En démontant un faux chargeur d’iPad, l’ingénieur Ken Shirriff a mesuré 0,6 millimètre, contre 5,6 dans l’original.

Schéma de l’isolation d’un chargeur de téléphone : 5,6 mm entre le 230 V et la prise USB sur un chargeur d’origine, 0,6 mm sur une contrefaçon, pour un minimum exigé de 4 mm
Écart d’isolation mesuré par Ken Shirriff sur un chargeur d’iPad d’origine et sur une contrefaçon, dessiné à l’échelle.

Il y a aussi un composant que peu de gens connaissent : un petit condensateur, dit « de classe Y », placé volontairement entre les deux côtés pour filtrer les parasites. Il laisse passer un courant minuscule, et c’est lui qui explique le léger fourmillement parfois ressenti en effleurant le contour métallique d’un téléphone en charge. Sur un chargeur sérieux, ce courant reste sous une fraction de milliampère, et le condensateur est conçu pour se couper s’il lâche. Sur un chargeur au rabais, on trouve parfois un condensateur ordinaire à la place. S’il claque, plus rien n’empêche le secteur d’arriver jusqu’au téléphone.

Un léger fourmillement n’est donc pas forcément alarmant. Une vraie sensation de décharge, en revanche, ou des picotements qui n’apparaissent qu’avec un chargeur précis, trahissent une fuite de courant anormale : ce chargeur se débranche pour de bon.

Surchauffe, incendie et téléphone abîmé

L’isolation n’est pas le seul poste d’économie. Parmi les chargeurs testés, certains n’avaient aucune protection contre les courts-circuits, d’autres des soudures fragiles, et plusieurs n’ont pas résisté à une simple chute d’un mètre. Un boîtier fêlé, ce sont des composants sous tension à portée de doigts.

Sans protection thermique digne de ce nom, un chargeur peut chauffer jusqu’à déformer son boîtier, surtout coincé sous un oreiller ou contre un matelas. Et une tension mal régulée finit par fatiguer le téléphone lui-même : la batterie, et surtout le circuit qui gère la charge, soudé sur la carte mère. Les téléphones ont leurs propres protections, mais elles ne sont pas faites pour encaisser des surtensions à répétition.

Comment reconnaître un chargeur de téléphone douteux

  • Le prix. Les modèles dangereux relevés par l’UFC-Que Choisir se vendaient parfois moins de 3 euros. Un prix correct ne garantit rien pour autant : des chargeurs dangereux étaient aussi vendus dans des enseignes connues.
  • Les marquages. Un chargeur conforme indique le nom et l’adresse du fabricant ou de l’importateur, sa référence, ses tensions et courants d’entrée et de sortie, et le marquage CE. Mais le CE n’est qu’une déclaration du fabricant, pas un label : son absence doit alerter, sa présence ne prouve rien.
  • La finition. Un boîtier mal ajusté, des broches qui bougent, un poids plume ou une notice absente sont de mauvais signes.
  • Le vendeur. Sur une place de marché, un vendeur sans adresse en Europe n’aura de comptes à rendre à personne en cas de problème, et les faux chargeurs de marque y sont légion.
  • Le comportement. Un chargeur qui devient brûlant, grésille, sent le chaud, fait des étincelles au branchement ou donne des picotements part au bac de collecte des déchets électroniques.

Un doute sur un modèle précis ? Le site officiel RappelConso recense les produits rappelés en France, chargeurs compris.

Les chargeurs que je conseille

Le plus simple reste le chargeur de la marque du téléphone, ou celui d’un fabricant d’accessoires reconnu. Choisissez un modèle USB-C compatible USB Power Delivery, la norme de charge rapide universelle, avec une puissance adaptée :

Téléphone

Puissance utile

Exemples

iPhone récent

20 W minimum, davantage pour la charge rapide des derniers modèles

Adaptateur secteur USB-C 20 W d’Apple, Anker Nano 30 W

Samsung Galaxy

25 W, ou 45 W pour les modèles compatibles

Adaptateurs Samsung 25 W (EP-T2510) et 45 W (EP-T4511)

Plusieurs appareils, ordinateur compris

65 W et plus, plusieurs ports

Chargeurs GaN d’Anker, d’Ugreen ou de Belkin

Un chargeur plus puissant que nécessaire ne présente aucun risque : le téléphone ne prend que ce qu’il accepte. Pour la charge à 45 W d’un Samsung, pensez aussi au câble USB-C 5 A, sans quoi elle plafonne à 25 W.

Les bons réflexes au quotidien

  • Jamais dans la salle de bain. Après plusieurs décès, la DGCCRF rappelle de ne pas utiliser un appareil branché dans le bain ou la douche, même étanche, et de ne jamais toucher un chargeur les mains ou les pieds mouillés.
  • Pas sous l’oreiller. Un chargeur et un téléphone en charge doivent pouvoir évacuer leur chaleur : posez-les sur une surface dure, pas sur un lit ou un canapé.
  • Pas de nuit branchée pour un chargeur douteux. Si vous devez l’utiliser, faites-le quand vous êtes là, puis débranchez-le.

Si vous équipez les chambres d’un gîte, d’un hôtel ou d’un camping, préférez des chargeurs de marque à un lot bon marché : un incident la nuit dans une chambre louée, c’est la pire des publicités.

Quand le mal est fait

Un chargeur défaillant laisse parfois des traces : un port de charge noirci ou déformé, un téléphone qui ne charge plus du tout, une batterie qui gonfle. Dans ce dernier cas, arrêtez immédiatement de le charger, comme je l’explique dans mon guide des pannes réparables. Et avant de conclure à la panne, essayez un autre câble et un chargeur de confiance.

Si le problème persiste, le connecteur de charge ou la batterie se remplacent, et un circuit de charge endommagé se répare souvent directement sur la carte. Je m’en occupe à l’atelier, en réparation de téléphone à Laguiole comme pour les clients d’Espalion.

Chargeur qui chauffe, téléphone qui ne charge plus ou batterie qui gonfle ? Apportez l’ensemble à l’atelier : je vérifie ce qui est en cause avant toute réparation.

Faire vérifier mon téléphone